LEAWALD
Avec "Pop Mutation", Lea Waldberg quitte l'ombre des loges pour la lumière crue du podium. Elle n'y vient pas les mains vides.
Commençons par la fin, puisque c'est elle qu'on retient. Au dernier passage, Fluffy Bidulle avance dans un body sculpté dont la teinte bleutée évoque un épiderme que n'a jamais croisé aucun dermatologue. Les conversations s'arrêtent, les téléphones se lèvent. Tout LEAWALD tient dans cette image : un corps familier rendu inconnu, avec une précision de joaillier. Pour comprendre d'où cela vient, il faut remonter en coulisses. Lea Waldberg a longtemps conçu des tenues de scène, ces vêtements qui doivent se lire à vingt mètres et raconter quelqu'un en trois secondes. Elle en a gardé le réflexe : chaque pièce a un rôle à tenir. Vedette de variété, poupée de vitrine, bête échappée d'un conte, le casting est large et personne ne fait de la figuration.
La collection s'ouvre sur un principe simple : prendre au sérieux ce qui nous recouvre. Les chevelures virent au rose bonbon ou au vert, la peau passe du plus fidèle au plus improbable. Elle bleuit, se creuse, se couvre d'écailles. Le réalisme n'est pas un but mais un tremplin, que la créatrice quitte dès qu'il commence à ressembler à de la sagesse. Les accessoires, eux, ont décidé de changer de poste. Les lunettes 3D, déjà installées sur le buste dans un précédent exercice, y retrouvent un masque de nuit. Côté lingerie, la dentelle se fait architecture, les poches empruntent leur contour à la culotte et la chaussure s'inspire du string. Le procédé pourrait virer au gag. Il tient parce que la blague est menée jusqu'au bout, avec la rigueur d'un sketch bien rodé.
Simili cuir, latex, satin : des matières lustrées qui jouent à l'écho avec la chair, pour des silhouettes sensuelles, frontales, assumées. Tout est cousu et façonné à la main, et cela se sent, dans la façon dont chaque pièce semble avoir été tentée avant d'être décidée. Le travail du cheveu, sans doute le plus radical, pousse cette logique jusqu'au bout. Ici, l'artisanat est une méthode de recherche. Les obsessions de Lea Waldberg arrivent sur le podium comme elles ont grandi : un peu de travers, un peu trop, et bien plus vivantes que si on les avait mises au pas. Pendant que le calendrier s'applique à la prudence, LEAWALD choisit le débordement et ne s'en excuse pas.
With "Pop Mutation", Lea Waldberg steps out of the wings and into the harsh light of the runway. She does not arrive empty-handed.
Let us begin with the end, since it is the part that stays. In the final look, Fluffy Bidulle walks out in a sculpted bodysuit whose bluish tint recalls a skin no dermatologist has ever encountered. Conversations stop, phones go up. All of LEAWALD fits in this image: a familiar body made unfamiliar, with a jeweller's precision. To understand where it comes from, one has to go backstage. Lea Waldberg spent a long time designing stage costumes, garments that must be read from twenty metres away and tell you who someone is in three seconds. She kept the reflex: every piece has a part to play. Variety star, shop-window doll, creature escaped from a fairy tale, the cast is wide and nobody is an extra.
The collection opens on a simple principle: to take seriously what covers us. Hair turns candy pink or green, and skin runs from the most faithful to the most improbable. It turns blue, hollows out, grows scales. Realism is not a goal but a springboard, one the designer leaves the moment it starts to look like wisdom. The accessories, for their part, have decided to change jobs. The 3D glasses, already moved up to the bust in an earlier collection, here meet a sleep mask. In the lingerie, lace becomes architecture, pockets borrow their outline from the knickers and the shoe takes its cue from the thong. The device could easily tip into a gag. It holds because the joke is carried all the way through, with the rigour of a well-rehearsed sketch.
Faux leather, latex, satin: glossy materials that echo the flesh, for silhouettes that are sensual, frontal and unapologetic. Everything is sewn and shaped by hand, and you can feel it, in the way each piece seems to have been tried before it was decided. The work on hair, perhaps the most radical, pushes this logic furthest. Here, craft is a method of research. Lea Waldberg's obsessions reach the runway as they grew up: slightly crooked, slightly too much, and far more alive than if they had been brought into line. While the fashion calendar busies itself with caution, LEAWALD chooses excess and does not apologise for it.